Smash, Crack & Castle
Frank Perrin
February 4th - March 28th, 2026
Michel Rein, Paris
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About
« Smash, Crack & Castle » est le titre de la deuxième exposition personnelle de Frank Perrin à la Galerie Michel Rein. Nouveau segment de sa recherche autour du post-capitalisme, amorcée depuis plus de vingt ans, l’exposition présente une série de sculptures et de formes inédites.
SMASH, CRACK & CASTLE
Qu’est-ce que c’est, Frank Perrin ?
Ce n’est pas une œuvre pensée comme un ensemble clos, ni une démonstration théorique. C’est une manière de regarder un monde qui continue de tourner. Un monde post-capitaliste non pas annoncé, mais vécu. Saturé d’objets, de vitesse, de rituels sociaux, de dispositifs censés contenir les excès. Un monde qui avance encore par habitude, comme une fin de soirée qui s’éternise.
DRIFT
Les œuvres présentées ici s’inscrivent dans cet état précis. Smash!, Crack!, Bombshell. Trois manières d’aborder un même moment. La pression. La fissure. Le point où la mécanique déraille. Rien n’est symbolique. Tout est déjà là, à ciel ouvert.
OVERLOAD
Cette attention aux zones de frottement traverse toute la pratique de Frank Perrin et elle est indissociable de sa manière de travailler. Les œuvres ne naissent pas dans l’isolement. Elles apparaissent au milieu de discussions, de passages, d’essais. Des gens arrivent, repartent, reviennent. Des artistes plus jeunes, d’autres plus installés, des amis, des gens de passage. Rien n’est verrouillé.
Cette circulation n’est pas un décor social. Elle répond à un monde qui segmente, spécialise, isole. Ici, ça circule encore.
FLOW
Avant même les séries exposées ici (Smash!, Crack!, Bombshell et Blind Test), il y eu l’édition. La revue Blocnotes, le magazine Crash, la théorie, les rencontres, des livres sur Chris Burden, avec Lawrence Weiner, sur Guy Debord et la dérive … Un espace de collision plus que d’analyse. Images, textes, mode, cinéma, art s’y frottent sans hiérarchie. Cette culture du choc, du montage, du court-circuit irrigue profondément le travail de Frank Perrin. Le crash n’est pas encore un motif plastique. C’est déjà une méthode.
CUT!
Les circuits de Formule 1 prolongent cette lecture. Des tracés parfaits, dessinés pour tourner en boucle. Monaco, Bahreïn, Miami. Des voitures qui tournent, encore et encore, pendant que le monde chauffe. De la vitesse. Du bruit. Du carburant brûlé. Frank Perrin extrait ces formes de leur récit héroïque, les transforme en surfaces miroir, lisses, séduisantes, puis les attaque. La surface cède. Des mots apparaissent en braille, inscrits par l’impact : SHOT, HELL, CRY, RIOT, RUN, GOD. Le regard ne glisse plus. Il bute. Comme une machine lancée sans pilote.
CRACK!
*En attaquant la surface spéculaire de ces circuits hypermédiatisés, Frank Perrin transforme des icônes de la vitesse et du capital global en dispositifs critiques, où le luxe, la performance et la circulation infinie apparaissent comme les symptômes d’un monde fonctionnant en boucle, incapable de freiner.*
Il y a aussi les bonbonnes de protoxyde d’azote. Des objets industriels, standardisés, pensés pour un usage précis, vite détournés. BOMBSHELL Cream de luxe, BOMBSHELL Fast Gas, BOMBSHELL Fast Whip. Gaz hilarant. Euphorie courte. Le corps qui flotte un peu trop. Les accidents sont connus. Pas besoin d’insister. Mais ce qui intéresse Frank Perrin se situe ailleurs, dans un moment précis de leur trajectoire.
FLOAT…
Avant la mer, il y a les plongeons. Marseille. Des jeunes qui sautent des ponts. Pas pour le spectacle. Pas pour mourir. Pour le moment. Pour le groupe. Sneakers aux pieds. Le saut comme test. La confiance dans les autres. La ville comme terrain. Un geste direct. Sans discours. Un mélange de courage un peu con, d’amitié, de pression collective. T’inquiète. Vas-y. Ça passe.
JUMP!
Certaines de ces bonbonnes ont ensuite été récupérées au fond de la mer, près de Marseille. À ce stade, elles ne sont plus lisses. La mer a bossé. Le métal est attaqué. Des micro-organismes ont colonisé les surfaces. Des aspérités apparaissent. Ça accroche. Ça pousse. Ce ne sont plus des objets industriels, mais des formes mangées, tordues, presque vivantes. Des sortes de faux coraux, chelous, irréguliers, uniques. Frank Perrin les récupère à ce moment-là, quand l’objet a déjà perdu sa neutralité. Les bonbonnes viennent de ce monde-là. De cette tension entre jeu et danger, entre légèreté et chute. Elles sont ensuite refondues en bronze, devenant l’amphore, la time-capsule de nos addictions contemporaines. Le geste est clair. Figer ce qui a déjà été attaqué. Donner un autre temps à ces formes accidentées. Rien n’est lissé. Rien n’est réparé.
BOMBSHELLS !!!
*À travers ces objets détournés puis altérés par le milieu marin, l’artiste déplace la question de l’excès vers celle de la transformation, faisant de la matière usée et accidentée un lieu d’inscription des corps, des usages et des tensions sociales contemporaines.*
Avec SMASH!, Frank Perrin part d’un geste familier. Libérer le muselet d’une bouteille de champagne ou d’un vin pétillant. Le poser. L’écraser d’un coup de poing. Un geste de fin de soirée, répété sans y penser. Comme reprendre un dernier verre alors qu’on sait qu’il ne faudrait pas reprendre le volant.
Il isole ce geste et le rejoue à une autre échelle. La forme écrasée est récupérée, puis reconstruite environ cent fois plus grande avec des tiges d’aluminium épaisses. À cette dimension, le geste change. Il faut engager le corps. Insister. Travailler à plusieurs. Le métal résiste. Le geste devient un effort, un temps long, un travail collectif.
LAST ROUND!
Chaque oeuvre est baptisée de prénoms provenant de l’univers de l’explosion nucléaire : SMASH! Little Boy, SMASH! Bikini, SMASH! Trinity, SMASH! Doom, SMASH! Vanya, SMASH! Enola Gay. Des explosions réelles, nommées comme des expériences maîtrisées. Contenir la pression. Observer. Nommer. Jusqu’au point de rupture. Le muselet, petit dispositif de retenue, devient une forme monumentale, le trophée ultime de nos vanités. La fête apparaît alors pour ce qu’elle est aussi dans le post-capitalisme : un rituel de régulation, une soupape, un système.
GAME OVER
*En reliant un geste domestique et festif à l’imaginaire des essais nucléaires, SMASH articule une critique des formes de contrôle et de normalisation de la violence, révélant comment des systèmes présentés comme maîtrisés produisent, à toutes les échelles, leurs propres points de rupture.*
Un petit écran montre le geste à l’origine de tout. Le poing de l’artiste qui s’abat sur les muselets. Même mouvement. Même cadence. Rien de démonstratif. Juste l’insistance. La répétition.
SMASH!
Avec Blind Test, le visiteur est pris d’emblée. En entrant dans l’exposition, un mot apparaît sur le mur, écrit en braille. Des ronds dorés. À première vue, cela pourrait passer pour de la décoration. Un motif graphique. Quelque chose d’élégant, presque chic. Mais très peu de gens savent lire ce langage-là. « Ne travaillez jamais ! », glisse l’artiste. Et c’est précisément là que ça se joue.
Frank Perrin impose un mot. Une phrase courte. Une punchline illisible dans sa globalité. Une vérité posée en face de nous, sans médiation. Le message existe, mais il échappe. On le regarde sans pouvoir le déchiffrer. On est devant quelque chose qui nous concerne, mais qui nous résiste.
Blind Test inverse les rôles. Ceux qui voient ne lisent pas. Ceux qui pourraient lire, ou plutôt sentir, ne sont pas forcément là. Le regard est mis en défaut dès l’entrée. L’artiste impose une phrase comme on impose une règle, un ordre, une évidence.
* Blind Test engage une réflexion sur les régimes de visibilité et de lisibilité dans les sociétés contemporaines, où l’abondance des signes ne garantit ni l’accès au sens, ni une réelle capacité de compréhension.*
Blind Test, c’est ça. Un monde saturé de signes, d’images, de messages, où tout est visible, mais où presque rien n’est réellement lisible.
BLIND TEST!
Smash, Crack & Castle
Trois œuvres, manifestes.
Qu’est ce qui relie Champagne, Formule 1 et protoxyde d’azote?
Autant de symptômes d’une schizophrénie propre à notre manière de vivre et de consommer. Une fin de soirée qui dure trop longtemps… alors que le crash a déjà eu lieu.
FADE OUT !
Yvannoé Kruger Paris
15 janvier 2026