Solo Show,  

Didier Marcel

.  October 21st, 2006 - December 2nd, 2006

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Solo Show

Didier Marcel

10.21.2006 - 12.02.2006



« Ce qui reste du paysage (celui qui donna à la peinture un genre, et au peintre un qualificatif) a gardé la forme d’une section de terre labourée et de deux troncs d’arbres. Ces formes sont devenues des objets, des objets d’étude, elles ont été comme disséquées, dépouillées, dénudées. Sur elles est venu se greffer quelque chose.


Le paysage (un genre central à l’art de Didier Marcel, qu’il concède des formes à ses oeuvres ou qu’il soit une ambition au moment de l’exposition) n’est plus ici à la fois installé et modifié par ses ruines industrielles ou sociales. Il semble plutôt que ce soit quelque chose de l’ordre de la culture qui a tranché dans la masse fibreuse, transformé la texture d’une écorce (de la rugosité vers le moelleux électrique du flocage) sa couleur (du marron de la nature vers le blanc qu’elle ne connaît qu’à travers la neige).


La culture encore qui, prélevant une section de terre entaillée par le tracteur, l’a transformée en objet d’étude – au mur, un moulage à l’échelle. Elle aussi qui fit de ce citron un objet d’étude – présenté comme tel, posé sur un fin dispositif de métal chirurgical. Et une certaine lecture du goût qui a garni les sections creuses de miroir fumé, mis à nu le noeud d’un tronc et fait surface vierge, signé parfois d’un trait de peinture fluo (celle des peintres de la rue autant que des marquages forestiers). Qui a serti, cette fois, la section de terre dans un cadre imposant.


Entre la nature et l’homme, le geste que dessine cette fois Didier Marcel est celui du travail, dans une de ses modestes expressions. Geste qui prend la forme d’une paire de tréteaux eux aussi devenus objets d’étude, portés à hauteur du regard par des pieds de métal faits présentoirs autant que béquilles – ou échasses : il peut s’agir de se hisser ou de parer à la chute. C’est peu dire que les objets de cette exposition de Didier Marcel semblent tout droit sortis d’une clinique aux prérogatives étendues : l’auscultation, la dissection, la désinfection, puis la réparation, l’étude et la chirurgie plastique. Rarement le paysage aura été autant décomposé, séparé, recomposé, étudié, articulé, maquillé. Rarement aussi il ne se sera présenté comme un portrait de l’époque, hantée par les vestiges du travail manuel, dépouillée de sa substance naturelle, et savamment relookée.
Et voilà : c’est ce qui reste du paysage. »


Eric Troncy, octobre 2006

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