Rainbow,  

Anne-Marie Schneider

.  September 3rd, 2020 - October 31st, 2020

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Rainbow

Anne-Marie Schneider

09.03.2020 - 10.31.2020



Depuis plus de trois décennies, Anne-Marie Schneider nous révèle un récit dense, sans cesse renouvelé, tracé au scalpel  affirmant à nos yeux stupéfaits, tel un journal intime ouvert sans détours ni retenues, la diversité de ses impressions, la vivacité de ses ressentis, la douleur de ses idées dérangées dans la suite de ses dessins.  Ceux-ci lui ont permis de n’écrire qu’avec des mots afin de mieux faire percevoir par images successives  sa mise en œuvres d’instantanés essentiellement visuels, qui tous échappent aux normes préétablies de représentation ou figuration.

Le dessin, c’est le monde (…) ; c’est le monde auquel je suis confrontée ; c’est aussi celui des autres.

Et en effet, chacun de ses dessins paraît sourdre de la profondeur de sa sensibilité, avec la puissance de jaillissement d’une source inépuisable, pour montrer, exprimer, déborder de perceptions et de sens inattendus et pourtant, à chaque fois, traçant avec une identique constance le signifié de chacune des figures qu’Anne-Marie Schneider affirme sur le papier. Sans cesse, elle y révèle la cohésion du tracé de chacune de ses œuvres, autant que la cohérence de leur diversité, l’efficacité immédiate de sa confrontation au monde, aux autres .

L’inquiétude qui nourrit ses œuvres est aiguë. Les corps s’y emplissent de larmes cernées de noir semblables à des briquettes, ou au contraire, vides et sans visages sont à peine esquissés par quelques traits de couleurs vives. Quelques aplats monochromes lui suffisent pour évoquer d’autres figures, telles ces automates esseulés auxquels seules de grandes clés dorsales peuvent donner vie.  De même, elle sculpte des silhouettes suspendues devant la blancheur du mur de simples avec quelques fils électriques.

La révélation de la souffrance de l’intime est à chaque fois douloureuse. Mais elle est également contenue, maîtrisée, silencieuse, généreuse par delà la justesse des traits, laissant percevoir le possible étonnement en l’espérance éventuelle d’un apaisement du monde. Alors, les images de quelques tourne-disques d’antant font résonner la musique des étoiles et l’imaginaire de la beauté mythologique vient transcender les corps et les figures grotesques.

FRAGILE INCASSABLE. Ces deux mots titrent le catalogue de son exposition au Musée d’art moderne de la ville de Paris en 2003, qui s’ouvre sur le portrait en pleine page d’Anne-Marie Schneider, immédiatement suivi de son texte introductif dont sont extraites ici les citations en italiques. Ce portrait est à l’image de ses mots. L’artiste nous regarde, droit dans nos yeux, précisément, profondément devant deux grands dessins de mains. Elle tient dans ses bras et ses doigts tendus quelques peluches informelles, aux longues pattes et queues, de couleurs uniformes. Son sourire semble s’estomper.

Ses mains sont grandes, telles celles d’une pianiste accomplie. Mais l’artiste, quoiqu’ayant pratiqué le violon avant sa formation en arts plastiques, ne joue pas d’un clavier bien tempéré. Elle ne cesse de dessiner et de préciser les situations et les vécus qui traversent et nourrissent ses affects inlassablement, pour nous rendre compte de l’essentiel des questions, interrogations ou émotions qu’elle nous incite à partager, sans trêve ni répit pour interroger notre, présence au monde.

Michel Baudson (a.i.c.a. - icom)
mars 2020

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